Critique de « Political Mother » : la danse contemporaine vous en envoie une en pleine gueule

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Quand on assiste à une représentation de Political Mother, du réputé chorégraphe israélien Hofesh Schecter, on ne peut faire autrement que de comprendre pourquoi la danse et le chant ont souvent été interdits dans les lieux de dictature et d’oppression. Seules quelques minutes à observer les onze danseurs et à écouter les sept musiciens suffisent pour avoir envie de se réveiller et de laisser sortir toute la colère qui gronde en nous.

Lorsqu’un spectacle de danse s’ouvre sur un homme qui se fait hara-kiri, inutile de dire qu’il s’agit d’une œuvre qui n’a pas peur de nous ébranler. Portés par une musique aux tendances rock, punk et heavy métal, des percussions qui donnent une nouvelle définition au mot « intensité » et une scénographie franchement dramatique, les danseurs se pointent sur scène avec une énergie du désespoir. Dansant avec une cohésion et un synchronisme étrangement plus affutés que les lignes rigides du ballet classique, les interprètes de Political Mother voient chaque partie de leur corps se réanimer, se délier, s’emporter et s’éclater.

Mélangeant révolte et danse de rue, colère et danse contemporaine, cette meute de danseurs assoiffés d’action se laisse aller avec un élan d’éclat et de liberté. Derrière eux, des musiciens investis d’une volonté capable de réveiller les morts et un chanteur personnifiant un homme de pouvoir aux élans cauchemardesques, nous rappellent l’univers noir et grandiloquent des derniers films de la série Batman, réalisés par Christopher Nolan.

Ironiquement, à l’image des évènements dramatiques qui finissent par indifférer la population, des régimes corrompus qui deviennent monnaie courante et des gouvernements qui s’arrangent pour étouffer ses citoyens pour que ceux-ci n’aient pas les mots pour exprimer leur révolte, la chorégraphie d’Hofest Schecter devient un tantinet lassante. Les images fortes, les pulsations du cœur qui palpitent, le visage pantois d’incrédulité, la surprise de cette petite révolution chorégraphique, tout cela finit (malheureusement) par s’assimiler, se digérer et devenir acceptable… Un peu comme si toute forme de nouveauté, de réveil ou de brusque changement, bon ou mauvais, finissait par nous laisser de glace.

Qu’on me comprenne bien : Political Mother est un spectacle coup-de-poing, innovateur, rafraîchissant, brillant, surprenant et franchement nécessaire à la santé artistique de la danse contemporaine, mais ce qu’il révèle sur l’état actuel de la population est également troublant et déroutant.

Par Samuel Larochelle, dit le Sage Gamin

Political Mother – 15e anniversaire de Danse Danse
1er au 3 novembre
Théâtre Maisonneuve

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Commentaires

Political mother

Juste pour signifier que je ne partage pas l'avis de la majorité des critiques pour ce spectacle. J'ai trouvé la mise en scène tres bien, le band était une surprise et l'éclairage magnifique. Cependant, j'ai trouvé la chorégraphie et le ressenti de cet univers beaucoup trop linéaire.
C'est à dire qu'au bout d'une demie heure, j'ai eu l'impression de tout voir.
Pas de montée en puissance, de changement d'état, avec en plus wuelques décalages indésirer au niveau de la synchro des danseurs, qui pour faire réference à la critique plus haut, peut apprendre des ballets classiques.
Hubert, spectacle du 3 novembre, montreal

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