Charlie Hebdo : on rigole pas avec la liberté

Catégories:
Je suis Charlie - Anna Ferrier

Charlie Hebdo : rire de tout, toujours.

PARIS - Mercredi 7 janvier, il est 11h30, la rédaction de l’hebdomadaire Charlie Hebdo est réunie pour la première fois de l’année, et pour la dernière. Deux hommes cagoulés pénètrent dans les locaux du 10 rue Nicolas Appert dans le 11e arrondissement de Paris. Ils abattent le premier homme croisé sur leur passage, le policier affecté à la protection de Charb. Puis ils se dirigent vers la salle de la conférence de rédaction et ouvrent le feu sur l’équipe avant de prendre la fuite. Ce jour-là, s’effondrent deux policiers et dix collaborateurs de Charlie Hebdo, parmi lesquels le directeur de la publication et dessinateur Charb, les légendaires Wolinski, Cabu et Tignous. Leur crime : ne pas avoir plié face à la terreur et au fanatisme, avoir défendu coûte que coûte la liberté d'expression et la laïcité. La victoire des sanguinaires : on ne la comprendra jamais. Eux, ont clamé avoir «vengé le Prophète». Alors, armé jusqu’aux dents, lâchement, ils ont ôté la vie à 12 innocents. À des bandes-dessinées, des traits de crayon et des mots, ils ont répondu par une trentaine de balles et par la mort. Leur objectif : effrayer, plonger les peuples dans la folie, le désespoir. Pourtant hier soir, la France s’est rassemblée dans ses grandes villes, spontanément, en silence. Ce pays qui a pourtant du mal à se mettre d’accord s’est uni plus que jamais, debout face à l’horreur, défiant la barbarie, la tête haute.

Charlie Hebdo n’a jamais cédé aux pressions, cette résistance est son essence même. Son père, le satirique Hara-Kiri, sous-titré «bête et méchant» s’est battu avec la censure, qui a toutefois fini par l’emporter. Pourtant, les menaces et les sanctions faisant passer son co-fondateur Cavanna pour le bonnet d’âne de service ont renforcé ses convictions. Il a créé Charlie Hebdo en 1970, épaulé par une équipe de joyeux insolents. Disparu en 1981 et recréé en 1992, le journal satirique a traversé les pires galères d’une rédaction : intimidation, manque de lectorat, manque de financement. Il n’a pas baissé la tête, au contraire Charlie Hebdo s’endurcit à chaque épreuve, défendant bec et ongle la liberté de penser, d’exprimer, d’écrire et de dessiner.

Le danger était pourtant bien là et certain en était conscient : en 2012 après l’incendie volontaire des locaux de la rédaction, Charb, aficionado de Tintin, Lucky Luke et Picsou (des influences qui ne laissent pas entrevoir un laveur de cerveau) déclarait au quotidien Le Monde : «C'est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. »

Insolent, impertinent, malicieux, piquant, moqueur, drôle; depuis 40 ans, Charlie Hebdo bouscule les partis politiques, les religions, la culture et la société à grand renfort de caricatures mordantes et de chroniques affûtées. Ses armes sont le rire et l’esprit. Charlie Hebdo incarne la liberté de la presse et fait partie intégrante du patrimoine culturel français. On peut ne pas adhérer à la ligne éditoriale ni à l’humour de l’hebdomadaire, mais on ne peut que saluer le courage de ces affranchis dont la conviction doit nous nourrir et nous inspirer pour répondre à la bêtise.

Les victimes de ce 7 janvier étaient des pacifistes, drôles, courageux, passionnés, des amuseurs amusés, une bande de rigolos. Leur credo : le rire est un «droit de l’homme», rappelle Philippe Val, ancien directeur de la rédaction et de la publication. Comme Molière, ils sont morts sur scène. Vive la liberté, vive Charlie Hebdo.

Morgane de Capèle
illustration : Anna Ferrier

Partager

Facebook icon
Twitter icon
Google icon

Ajouter un commentaire