«Chaque Jour» à la Licorne : chronique de la destruction d’un couple et autres constats…

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13 octobre 2011 - 00:00
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À n’en point douter, l’auteur Fanny Britt a beaucoup de choses à dire. Même si bien des spectateurs risquent de la trouver éparpillée dans l’écriture de la pièce « Chaque Jour », présentée à La Licorne jusqu’au 19 novembre, force est d’admettre que ses propos acérés, lucides et percutants nous offrent de grands moments de théâtre.

Impossible de s’ennuyer en assistant à l’une des représentations de Chaque Jour à la Grande Licorne : que ce soit grâce à l’écriture ô combien contemporaine de Fanny Britt, au jeu intense des acteurs Vincent-Guillaume Otis, Anne-Élisabeth Bossé et Marie Tifo, ou à la fabuleuse scénographie, il y a toujours un petit quelque chose qui accroche l’œil, la tête ou le cœur.

Dans Chaque Jour, Fanny Britt invite les spectateurs à rencontrer Lucie, jeune employée d’un salon de coiffure, qui accepte d’aller nourrir le chat de sa patronne pendant que celle-ci s’offre un week-end à l’extérieur. Désirant faire quelque chose de spécial le jour de son anniversaire, Lucie suggère à son copain Joe de la rejoindre chez ladite patronne. À la seconde où celui-ci fait son entrée, les amoureux commencent à se faire violence. N’ayant de complices que leurs parties de jambes en l’air, Joe et Lucie ne savent pas se parler, ni se comprendre. Ils sont l’exemple parfait du couple à ne pas reproduire et provoquent chez les spectateurs un genre de malaise de voir ces deux êtres dépareillés se faire autant de mal et un sentiment de libération d’assister aux problèmes quotidiens d’un autre couple que le sien. D’ailleurs, contrairement à ce qu’indique le titre de la pièce, ce qui se passe lors de cette soirée n’est pas seulement de l’ordre du quotidien. En effet, avant de retrouver sa copine, Joe vole un iPod dans le métro et la musique qui s’y trouve le bouleverse complètement, quitte à lui donner des envies de saccages incontrôlables.

Grâce au travail astucieux du metteur en scène Denis Bernard, la pièce alterne entre les pulsions langagières du couple, les effets insoupçonnés de la musique d’un étranger et la réaction démesurée de la patronne de Lucie, revenue sur les lieux en constatant les dégâts. La structure est impeccable. Les allers-retours entre les deux périodes de l’histoire sont très clairs. Pourtant, il y a quelque chose qui cloche. Même si on apprécie la vérité cruelle et vulgaire qui nous est lancée en plein visage en assistant aux chicanes du couple, on aime un peu moins ce que véhicule le personnage de la patronne (envie d’avoir son 15 minutes de gloire, culte de l’apparence et des bonnes manières, critique de la consommation consensuelle des Québécois). Malgré la quantité d’éléments intéressants provoqués par la présence de la patronne en termes de structure et de scénographie, la pièce aurait grandement profité du retrait de ce personnage afin de se concentrer sur le couple.

Au final, trop, c’est comme pas assez.

La Grande Licorne – 11 octobre au 19 novembre

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Commentaires

Oh! que c’est beau, vu d’en haut

Le Théâtre La Licorne présente pour sa renaissance «post rénovation» la dernière pièce de Fanny Britt «Chaque jour ». Ceux qui connaissent l’œuvre de Britt savent à quel point elle est fascinée par ce besoin vital d’un bon nombre de spectateurs, de s’identifier à la vie des gens participant à des émissions de téléréalité. Le titre de la critique de Luc Bélanger dans La Presse, «Un drame en surface» est tout à fait juste, sauf que la suite de son papier prouve qu’il n’a rien compris à la pièce. Fanny Britt présente au public voyeur une téléréalité théâtrale. À la page 12 du texte le personnage de Carole place cet appel téléphonique «J’appelle parce que/ Pour votre émission… Y sont parfaits» (page 12).
Le couple de Lucie et Joe n’ont en commun qu’une appétence sexuelle fortement ressemblante à celle du même ordre dans «Occupation Double » où les concurrentes sont souvent en bikini ou en petites robes moulantes, seyantes. Lucie (Anne-Élizabeth Bossé) n’est-elle pas sexy avec son justaucorps noir décolleté juste à point et avec sa jupe tellement serrée qu’elle n’en finit pas de remonter? N’est-elle pas étouffée par la honte d’en montrer tant? La meilleure façon d’entrer en relation avec Joe n’est-elle pas sexuelle? Joe (Vincent-Guillaume Otis) est un rustre, un égocentrique, irrespectueux des gens et des choses et aussi de sa blonde. Violent de surcroît. C’est par cet irrespect que le bouleversement en lui surviendra.
Carole- une Marie Tifo, superficielle à souhait- propriétaire d’un salon de coiffure, demande à une de ses employés de nourrir le chat pendant le week-end. Lucie s’exécute. Joe qui devait venir la chercher entre dans le «condo récent, feutré, luxueux sans goût et rempli de solitude» (didascalie de l’auteure p.6).» Le temps de le dire, il se sentira chez lui mais en mieux puisque Carole possède un ÉNORME téléviseur dans le salon. Une belle place à squatter. Joe a un iPod dans les mains. Il l’a trouvé dans le métro. En fait, un «fif» l’a oublié sur le banc du quai en courant pour attraper le métro. Joe l’a empoché. Il a bien vu que le «fif» a réalisé qu’il n’avait plu son appareil. Fier de son coup, il écoute la musique du «fif». Au début, il ne comprend rien : « Y veut me montrer que je ne suis pas assez intelligent pour comprendre sa musique… » (p62) Pis là, Joe a peur de devenir « fif», de devenir un autre. La culture ça change une personne et l’absence de culture rend la société ignorante et méprisante. Aussi ignorants et méprisants que le sont Lucie et Joe, l’un envers l’autre, particulièrement Joe. Qu’est-ce qu’un macho ne veut pas devenir? Un «fif» . Pourtant, il dit : «C’est pas correct de me donner ça, d’ouvrir une porte, de me donner ça pis après ça de me demander de retourner dans ma vie….» (p85). Voilà la question posée.
Est-il préférable de vivre dans une forme de médiocrité-on ne sait pas ce que l’on manque- ou connaître la beauté, la lucidité et la solitude? Joe écoute constamment la musique, se transfigure, lévite, s’élève au-dessus des autres. Ça se terminera par une transe où il brisera des meubles. Anne-Élizabeth Bossé interprète à la perfection cette jeune femme en mal de vivre et d’aimer. Vincent-Guillaume Otis est crédible en homme se métamorphosant. L’énergie entre les deux comédiens passe très bien, au point de constater qu’elle ne passe pas entre leurs personnages.
Fanny Britt nous montre « comme c’est beau vu d’en haut….mais elle laisse le public répondre à «comment redescendre sans tomber ».

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