Bachelet au Chili? Présente!

Dimanche dernier, les Chiliens sont allés aux urnes pour la quatrième fois depuis la fin de la dictature de Pinochet. Seize ans semblent donc avoir été le prix pour que la classe politique chilienne n’ait plus de liens directs ni indirects avec l'ancien dictateur. Les vox pop dans la rue et même plusieurs personnalités proches du prochain pouvoir l'affirment sans problème sur toutes les tribunes.
Lorsqu'on leur pose la question à savoir ce qui se passera avec la levée de l'immunité du général, et une éventuelle condamnation, on obtient un volatil : «c'est sans intérêt» ou bien «le vieux, on s'en fout», «qu'il crève bientôt pour qu'on n'en parle plus» etc., et lorsqu'on pose la question à la droite chilienne on esquive avec des clichés comme «on laisse au pouvoir judiciaire ce qui lui revient». Pour ces derniers, les droits de la personne peuvent être bafoué à outrance, mais Pinochet-voleur, c’est impardonnable! (Texte et photo de Victor Diaz Lamich)
Aujourd'hui encore, la constitution chilienne en vigueur est celle dicté par les Chicago Boys en 1980. Communément appelé le laboratoire du néolibéralisme, cette même constitution donna suite à une des décennies les plus oppressives de la junte militaire (rappelons ici le cas de Carmen Quintana et Rodrigo Rojas-ce dernier, Québécois d'origine chilienne, tous deux immolés sur la place publique en juillet 1986).
Ce sont ces mêmes boys qui ont instauré entres autres, l'éducation à deux vitesses, la santé à deux vitesses, les plans de retraite à deux vitesses, l'électricité, l'eau, les transports, les communications, toutes, à deux vitesses...dans la nation la plus australe du monde. Difficile de croire qu'à son antipode boréal, le Canada, un des pays où il fait le mieux vivre, veut imiter ces modèles qui furent imposés par la tyrannie. Santé, éducation, plan retraite, électricité vous sonne une cloche, ce sont précisément ces items qui sont cités et vantés dans la plupart des publications que vous et moi, résident du premier monde, avons la chance de lire pour nous réjouir du succès du plan Pinochet. C'est à cette fabuleuse conclusion qu'arrivent nos éminents docteurs en économie pour combler d’éloges ceux qui, pour plus ou moins quelques vies, ont sorti le Chili de sont tiers-mondisme infernal.
Tous ces items, concepts et mesures, toutes ces rationalisations des ressources, décentralisations et stabilité économique, toutes ces statistiques, chiffres, indices, index, permettent de merveilleusement bien camoufler un deuxième pays. En effet, le Chili est l'un des pires du cône sud quant à la redistribution de sa richesse, de ses revenus, et celui où le travail saisonnier, les minimes salaires et la surexploitation de l'ouvrier y est à son apogée.
De leurs côtés, les trois présidents post dictature, Aylwin, Frei et Lagos, ont tous souffert d'une minorité au niveau de l'une ou l'autre des chambres législatives, (députés et sénateurs). Encore aujourd'hui un million et demi de jeunes (10% de la pop. totale du pays) ne figurent pas sur les listes électorales, ce qui évoque bien l'urgente nécessité de réformes du système politique hérité de la dictature. Les projets de lois visant à corriger les disparités sociales issues de cette constitution, n'ont donc jamais pu voir le jour. Le Chili vit une démocratie à la Pinochet, où 15 % de la population possède 80% de la richesse nationale, où la droite très puissante appuyée d'un clergé dominant et omniprésent lui donne (à quelques sacerdoces près) tout son appui.
De quoi avoir bonne conscience !! Dans ce contexte, il est tout de même incroyable de constater que ce néolibéralisme continue d'exister, voire exceller, sous la Concertation (alliance des 3 partis au pouvoir dont le parti socialiste où Bachelet y est la représentante). Donc avec des acteurs qui ont personnellement souffert. Les Bitar-chef de campagne et ministre sous Lagos, Zaldivar - président du sénat, Toha-minitre sous Frei, etc., ont tous été forcés à l'exil par Pinochet et sont aujourd'hui les artisans de ce nouveau Chili.
Le pouvoir au féminin...
Il faut néanmoins souligner qu'un des pays les plus machos du cône sud s'est donné une femme comme président. Conséquence directe d'une force émergente ou contradiction tragique d'un peuple qui vit de parures. Que fera le pouvoir au féminin? En fait Bachelet n'a aucunement l'intention de changer la stratégie de Lagos. L'élection de dimanche a mis en vedette les succès des différents aspects de l'économie chilienne. Ses accords bilatéraux avec le Canada, les États Unis et l'Union Européenne. Michelle Bachelet, ministre de la défense sous Lagos, hérite d'un mandat de quatre ans qui pour la première fois bénéficiera de la majorité dans les deux Chambres. Le fait que Bachelet soit la fille d'un commandant des forces de l'armée de l'air de l'époque d'Allende, torturé et assassiné par la junte de Pinochet pour avoir désobéit aux ordres de trahison, rentre tout comme ses collègues ministres dans le même bateau des victimes-acteurs-artisans du néolibéralisme chileno.
Être femme ne suppose aucunement une transformation face à l'oppression que subissent les femmes chiliennes, ni à un radical changement quant aux politiques de genre ou sexistes. Être une femme avec du pouvoir comme dans une exquise chanson de Sardou peut facilement se retourner en paroles de chanson d'un certain Renaud et ainsi une charmante Mme Thatcher viens bousiller le visage d'un pays tout entier.
Bachelet arrive donc aux commandes d'une économie en croissance exceptionnelle; 6,3% annuel. Les Isapres et les AFP (respectivement les noms donnés aux institutions privées qui gèrent la santé et les fonds de pensions des chiliens) enregistrent des tels profits que les propriétaires se voient en possession d'une partie de l'économie nationale! L'investissement étranger est sidéral. L'échange avec les États Unis et le Canada est, aux yeux des lords de la finance, astronomique! Barrick Gold et son projet Pascua Lana au sud du pays par exemple, fera une mémorable ‘percée’ en déplaçant pour la première fois de l’histoire de l’ingénierie minière mondiale, un glacier éternel, de la dimension de Chuquicamata (plus grande mine à ciel ouvert au monde) pour aller chercher en toute légalité l’or qui se trouve dans son sous-sol.
De plus on utilise le Chili pour pénétrer des marchés encore plus lucratifs comme le fameux Mercosur (espèce d'ALENA du sud) dont il est membre associé. Ce n’est pas merveilleux ça!!??
Après 16 ans, les conséquences sont alarmantes voire désastreuses. Et ça va de mal en pis pour le jaguar sud américain. Le Chili vit dans une pub de bils y pop (publicités télé où on rêve en couleur au jardin d'Eden) ....et il est temps qu’on y voit…espérons que Mme Bachelet répondra à cet appel et saura mette au rencard une fois pour toutes cette épine qu'est la constitution Pinochet!
Signé: victor diaz lamich
Quelques faits ...:
En 1990 le 5% des plus riches disposaient d'un revenu 130 fois élevé que le 5% des plus pauvres.
En 2003 sous le régime (concertation) il est de 203 fois supérieur!
Santiago est année après année l'une des cinq villes les plus polluées au monde.
Le niveau d'endettement per capita y est de U$44 000, le revenu moyen U$4700/annuel
La loi sur l’avortement au Chili est une des plus sévères au monde. Le Code criminel interdit tout avortement, même si la vie de la femme est en danger, et punit la femme qui s’est fait avorter et ceux qui ont provoqué l’avortement. Mais malgré l’illégalité de l’avortement, le nombre d’avortements au Chili est un des plus élevé en Amérique latine. (400 000/année -non officiel) En 1994, 52% des morts liées à la maternité ont été causées par des avortements
La violence sexuelle et familiale est considérée grave. En 1997, il y a eu approximativement 61 000 plaintes de violence familiale
En 1998, 1 052 cas de viol ont été signalés à la police, comparé à 993 cas en 1997. La majorité des cas de viol ne sont jamais signalés. En 1999, une nouvelle loi entrée en vigueur augmente les pénalités pour les agressions sexuelles. La nouvelle loi a également aboli une vieille législation de cent ans qui permettait à un homme reconnu coupable de viol d’être libéré s’il demandait la victime en mariage et si celle-ci acceptait !!
La loi permet la séparation légale, mais non le divorce. Ceux qui désirent se remarier doivent demander auparavant une annulation de mariage. Comme une annulation sous-entend qu’un mariage n’a jamais existé devant la loi, les ex-conjoints n’ont presque aucune chance de recevoir de pension alimentaire et n’ont aucun recours pour recevoir de l’aide financière. Un projet de loi fut approuvé en 1997, mais à la fin de l’an 2000 rien n’avait été encore décidé.
Malgré la prospérité de l’économie libérale du Chili, il existe un écart croissant entre les citoyens du pays. De plus, l’accès aux soins de la santé et à l’éducation n’est pas égal. La majorité des femmes, pour la plupart des jeunes adultes, vivent dans les zones urbaines. Leur taux de fécondité a diminué considérablement dans les derniers quarante ans, et leur éducation s’est nettement améliorée. Un tiers des femmes chiliennes âgées de 15 ans et plus fait partie de la population économiquement active et plus que la moitié vit dans la pauvreté. Les femmes participent grandement dans des organismes sociaux de base, mais très peu dans les domaines de pouvoir et de décision. Les femmes rurales sont encore plus défavorisées ; elles sont moins éduquées et sont moins économiquement actives. Ce sont les femmes indigènes qui souffrent le plus de discrimination fondée sur le sexe et de discrimination raciale. Elles ont également les taux de fécondité les plus élevés, une espérance de vie réduite et vivent généralement dans les pires conditions socio-économiques du pays.
sources unesco, unicef, acdi, sernam (chili), onu indicateurs sociaux.

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