Art/Crime: Première mondiale au Festival Fantasia

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28 juillet 2011 - 00:00
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Jusqu’où peut aller l’art? À quel moment doit-on faire appel à la censure? Qui doit nous dicter le bon goût et nous pointer le mauvais goût? Beaucoup de questions ont étés soulevées hier soir, alors qu’on présentait en première mondiale à Fantasia, le film Art/Crime de Frédéric Maheux, un réalisateur qui avait envie de « créer une discussion, proposer une arène où l’on pourrait débattre de ces idées-là » nous a-t-il dit, en ajoutant aussi d’emblée que le film ne se veut pas esthétique, mais bien informatif, qu’il s’agit d’un documentaire « réalisé dans l’urgence ».

Divisé en quatre chapitres, Maheux nous propose d’abord un survol du parcours artistique de Rémy Couture, partie simplement intitulé Origine. On y apprend que ce dernier a d’abord eu un site nommé Morgue666 où il a exposé ses premières créations, pour ensuite ouvrir Inner Depravity, le fameux site qui n’est plus en ligne, mais dont les vidéos et photos se promènent librement sur Internet depuis quelques années déjà. Couture nous explique sa démarche, on rencontre aussi certains modèles qui ont travaillés avec lui, des femmes totalement saines d’esprit qui avaient envie d’essayer ce genre d’aventure artistique. On rencontre aussi Nacho Cerdà, le réalisateur du film Aftermath (1994), le troublant récit d’un employé dans une morgue qui décide d’abuser du cadavre d’une femme. Grande inspiration pour Couture qui, après avoir vu le film à Fantasia, décide que c’est ce genre de film d’horreur qu’il veut faire. On en voit un extrait, franchement insoutenable, et pourtant le film est passé sans problème. On fait aussi intervenir Robert Morin qui fait une comparaison drôle, mais pas inintéressante : « Mets Rambo qui tue 5000 personnes en 90 minutes et un gars tout seul qui en tue une en 10 minutes, c’est quoi le pire? »

C’est alors qu’on arrive au chapitre 2, nommé Arrestation. On nous explique tous les détails des procédures policières entamées contre Rémy Couture. Panique, incrédulité (de sa part, comme de celle de ses ami(e)s et du public en général) face à cette énorme organisation pour, somme toute, un artiste qui a débordé des limites du bon goût, telles que décrites par des lois qui – on le souligne souvent dans le film – n’ont pas évoluées. On invite d’ailleurs Mario Dumont à se prononcer sur l’histoire, et il déplore, justement, le temps perdu et l’argent gaspillé pour une telle cause.

On passe alors à la section Accusations où ce sont les procédures, cette fois judiciaires, prises contre l’artiste qui nous sont expliquées très clairement, avec les témoignages de l’avocat de Couture et Véronique Robert (avocate de la défense en droit criminel) du côté de la justice, mais aussi de Patrick Sénécal, auteur à succès de romans d’horreur, qui se dit effrayé de la tournure des événements pour les artistes qui travaillent ce genre, car « C’est qui le prochain? » souligne-t-il. Est alors plusieurs fois évoqué le problème des lois qui n’ont pas été changées avec la venue de la technologie et d’Internet, de leur désuétude. Encore une fois, plusieurs intervenants : le fondateur de la revue Rue Morgue, la responsable du Blue Sunshine (Le centre psychotronique de Montréal) Kier La Janisse, la demoiselle qui a organisé la manifestation devant le palais de justice et aussi la mère du jeune garçon qui a été pris pour réaliser un shooting photo sanglant. D’ailleurs, accusations de molestation d’enfant se sont ajoutées à la liste, mais ont étés retirées par la suite, voyant bien que le garçon était bel et bien en santé et sans aucune séquelle.

Le Chapitre 4 : Un choix de société nous ramène vers les questions fondamentales à se poser face à cette situation. Liberté d’expression, liberté artistique, qu’en est-il? Comme le souligne à plusieurs reprises Rémy couture, beaucoup de gens n’aiment pas son travail, mais ne le condamnent pas pour autant. Ils font le choix de ne pas regarder ce genre de créations.

Le documentaire est franchement intéressant et apporte réellement de fascinantes questions d’ordre éthique et moral. Il ne brille pas par sa beauté (comme nous l’avait dit Frédéric Maheux au début de la projection), on voit même parfois bien mal les visages qui sont trop dans l’ombre. On se questionnera aussi sur le côté « détracteur » qui pourrait exister envers Rémy Couture et qui n’est pas du tout représenté dans le film, ce à quoi Maheux a répondu pendant la période de questions. Il semblerait que les gens n’avaient simplement pas voulu participer et que du côté des accusations, plusieurs éléments et personnes doivent demeurer dans la confidentialité jusqu’à la fin du procès qui aura lieu en octobre prochain.

Personnellement, je suis extrêmement fascinée par les effets spéciaux au cinéma et le gore est un monde qui me paraît tout de même intrigant. Par contre, je ne suis pas fanatique de voir une simulation de viol, ni même une simulation de meurtre. Mais je salue le réalisme des scènes qui me donnent des frissons dans le dos, qui me font fermer les yeux, qui me font penser, l’espace d’un instant, que les images qui défilent sont bel et bien en train de se produire. Évidemment, j’ai de la difficulté à saisir en quoi on a envie de montrer un viol aussi sanglant et barbare, mais c’est le choix d’un gars qui ne fait que mettre en scène et démontrer - par une vision artistique marginale et réservée à certaines personnes qui aiment ce genre – qu’on peut franchir les limites et utiliser des sujets tabous pour créer. Comme disait Robert Morin, « Quand on veut déranger, on le fait avec des choses qui nous interpellent au plan humain ». Beaucoup de gens ne sont pas interpellés par ce genre de thématique, Rémy Couture l’est. D’après moi, ça ne fait certainement pas de lui un criminel. Reste à savoir si les instances qui ont cela entre leurs mains sauront s’en rendre compte.

Le site officiel du documentaire: http://www.artcrimefilm.com/

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